Au jardin, tout peut être source d’émerveillement pour qui veut bien cheminer les sens en éveil. Ce matin, ce sont les découpures graphiques d’une feuille de sureau qui m’ont interpellée. Difficile de savoir qui sont les auteurs de ces grignotages aux objectifs assurément plutôt nutritifs qu’esthétiques. Toujours est-il, qu’intriguée, je me suis mise à la recherche de toutes ces petites marques infligées aux feuilles des végétaux, et j‘ai découvert qu’il y en a pléthore.

Les feuilles de houblon ont sûrement dû servir de nourriture à toute une armada de bestioles tellement elles ont été déchiquetées. Ne restent plus que les coriaces nervures, telles les trames d’une éphémère dentelle.

Sur les ramures des roses trémières, la stratégie de grignotage est toute différente ; toutes les feuilles sont ponctuées d’une multitude de trous plus ou moins grands. Qui a donc bien pu s’ingénier à créer de telle perforations ? J’ai beau retourner toutes les feuilles, les insectes qui s’y cachent sont nombreux et rien ne permet d’incriminer l’un plutôt que l’autre de ces hôtes.

Certaines perforations, comme ces deux yeux percés forés dans des feuilles du lierre terrestre, donnent lieu à une belle paréidolie nous incitant à y voir un petit personnage comique.

Sur les feuilles des nénuphars les protagonistes des grignotages étaient encore à l’œuvre, il s’agit des chenilles d’un papillon de nuit, la pyrale du potamot. Elles sont les championnes du découpage géométrique puisqu’elles tranchent de parfaits ovales dans les bords des feuilles de nénuphar et s’en confectionnent habillement de petits abris flottants.

Alors ? ces découvertes matinales au ras des feuilles ne montrent t’elles pas que toutes les merveilles du monde se trouvent là, sous nos yeux, si nous voulons bien nous pencher un peu…