C’est une petite plante plutôt discrète que ne remarquent guère que les jardiniers dont elle envahit sans vergogne les plates-bandes. Elle est d’une robustesse sans pareil, capable de coloniser tous les milieux grâce à ses tiges rampantes. C’est vraisemblablement cette caractéristique qui lui a valu le nom de lierre terrestre (Glechoma hederacea) alors qu’elle n’a aucune parenté avec la liane qu’est le lierre grimpant (Hedera helix). Le lierre terrestre est une plante de la famille des lamiacées, comme la menthe, le thym ou la mélisse et, comme elles, dégage une forte odeur aromatique plutôt acre. Et comme elles, a de nombreuses utilisations tant en phytothérapie qu’en cuisine.

Le lierre terrestre se plait beaucoup dans notre jardin où il s’étend vigoureusement dès qu’un espace est à sa portée. Si sa floraison est discrète tant ses fleurs sont petites, à peine un centimètre, elle est d’une exceptionnelle longévité. Ses inflorescences se succèdent de façon continue de mars à octobre ce qui en fait une plante précieuse pour les butineurs.

Sa fleur est d’un beau mauve violacé, avec une corolle bilabiée au bout d’un long tube. Sur ses lèvres de minuscules taches pourpres sont autant de guides visuels pour les pollinisateurs qui convoitent le nectar logé au fond du tube. Ce sont essentiellement les abeilles sauvages, les bourdons et les bombyles, ces mouches velues avec une longue trompe, qui arrivent à atteindre cette manne sucrée.

Le lierre terrestre a aussi la particularité d’avoir un feuillage persistant qui tient tout l’hiver. Les feuilles arborent alors une étonnante teinte pourpre foncé due aux pigments qui les protègent des rayonnements et du froid. Elles ont des bords délicatement crénelés, une surface ridée et duveteuse et, sur leurs tiges rampantes, peuvent former des couvre-sols très denses. Les tiges qui vont fleurir se dressent à la verticale et c’est à l’aisselle des feuilles que se développent, de façon étagée, les petites fleurs.

Du printemps à l’automne, ces minuscules fleurs violacées m’accompagnent fidèlement au jardin. Je peux ainsi, chaque jour, admirer avec amusement la frénésie pataude des gros bourdons qui s’agitent sur ces fleurs bien trop frêles.